L’impact des EdTech pour l’éducation au BETT Education Show

BETT, le salon mondial de l’Education et du Numérique s’est tenu à Londres du 22 au 25 Janvier 2020. L’équipe Innov’Avenir est allée à la rencontre des dernières technologies

Dernières technologies et sources d’inspiration au BETT pour les contenus et méthodologies du programme Innov’Avenir, à destination des jeunes mais surtout des enseignants. Quelles sont les EdTech montantes ? quelles sont les nouvelles formes de pédagogie engendrées par le numérique ? et les réflexions autour de cette révolution ? A quoi ressemblera la classe du futur (plus ou moins proche) ? Est-ce adapté aux besoins ou bien encore une utopie ?

 

Le BETT en chiffres
Près d’un millier d’exposants et plus de 34000 visiteurs, dont 14 000 du monde entier, se rendent chaque année au rendez-vous du numérique pour l’éducation. Pas moins de 800 entreprises et de start-up des EdTechs viennent exposer leurs dernières technologies et 120 conférences et démonstrations permettent de s’approprier les dernières réflexions en la matière.

 

La France au BETT

Cette édition du salon dénombrait 20 pavillons internationaux (délégation pays), soit sept de plus que l’année dernière.
 

« Cette dynamique illustre la vitalité et l’attractivité du Bett, mais montre aussi l’ampleur de la concurrence internationale qui s’exprime dans le domaine des EdTech et du numérique pour l’éducation. »d’après Philippe Mero, de Co-Pilot Partners.

La France était représentée par le Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse, Business France (l’agence française en charge du développement et de la réussite internationale des entreprises), Co-pilot partners (conseiller en stratégie et en accompagnement de projets liés au numérique) et l’AFINEF (association d’entreprises du numérique pour l’éducation et la formation).
Au sein du pavillon français, étaient notamment présents : le CNED, France Education International (ex-CIEP), Pix (Startup d’Etat, créé pour répondre au défi de la transformation numérique de la société, de l’éducation et de l’économie), le Réseau Canopé (opérateur public du ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse, qui conçoit et édite des ressources et des services pédagogiques pour accompagner la communauté éducative) et un bon nombre de startups de la Ed-Tech française montante.

 

Les thèmes 2020

Au-delà des stands de démonstration, le BETT a proposé une grande variété de conférences regroupées cette année autour de six thématiques :

  • Innovation
  • Bien-être (Wellbeing)
  • Support à l’enseignement et l’apprentissage
  • Inclusion et SEND (special educational needs and disabilities c’est-à-dire éducation spécialisée)
  • Technologies et tendances du futur
  • Compétences

L’impact des EdTech : les exemples finlandais et anglais


Photo  du site BETT

 

 

 

A la vue des nombreux stands présentant tous types d’écrans interactifs et de nombreux robots, dont le véritable apport pédagogique soi-disant révolutionnaire laisse parfois un peu perplexe, se pose depuis peu la question du réel impact des EdTech.

 

 

 

 


L’équipe Innov’Avenir teste un équipement de réalité augmentée, qui  permet de se promener dans un environnement 3D lors d’une éruption d’un volcan ou encore de placer un animal sur le cube dans ses mains et ainsi pouvoir l’observer sous tous les angles en le faisant pivoter dans tous les sens…

L’Education Alliance Finland
Nous avons notamment rencontré Olli Vallo, CEO de l’Education Alliance Finland. Il a créé une norme de qualité scientifique concernant les solutions technologiques d'apprentissage. L’Education Alliance Finland aide d’une part les Edtech et les éditeurs pédagogiques à créer des produits adaptés à leur objectif et d’autre part les enseignants à choisir les produits ayant un impact positif prouvé dans l'apprentissage.

Leur méthode d'évaluation est une approche académique considérée solide pour évaluer la conception pédagogique d'un produit particulièrement du point de vue de la psychologie de l'éducation. (En savoir plus avec leur livre blanc.)

 

Au Royaume Uni
Cette méthode est à rapprocher du travail d’EdTech Impact au Royaume-Uni qui accompagne également les enseignants à évaluer l’impact des technologies utilisées en classe.
Le sujet a vraiment connu un véritable succès sur le salon : les deux séances dédiées à ce sujet ont fait salle comble et auraient pu être accueillies sur la plus grande scène : la BETT Arena. Peut-être un avant-goût d’une thématique à développer l’année prochaine ?



Nous avons assisté à la discussion : « Evidence in EDTech : how we can better understand our impact »  durant laquelle la fondation NESTA et le Département de l'éducation britannique (DfE) ont présenté leur évaluation en cours.

Si les Edtech représentent un grand potentiel d’innovation pour l’enseignement, elles ne répondent pas souvent pas aux attentes. Il faut donc aujourd’hui donner aux écoles la possibilité de tester les outils et contribuer à leur amélioration.

Le Département de l'éducation britannique (DfE) a surtout insisté sur le fait que les technologies ne fonctionnent pas toujours pour atteindre les objectifs et qu’un véritable travail sur l'impact factuel des technologies (evidence based) est nécessaire, qu’il faudrait les considérer d’une manière plus globale. Il devrait aider à répondre aux questions telles que : quels sont les besoins et problèmes spécifiques rencontrés en classe et le produit y répondra-t-il vraiment ? Les outils correspondent-ils également au niveau actuel de formation et de confiance envers les technologies des enseignants voire des élèves ?
Selon eux « 80% des EdTech pourraient n’avoir aucun bénéfice voire être préjudiciable à l’enseignement ».
De plus, la mesure des résultats puis l’évaluation de l’impact devraient être compréhensibles et traduites pour aider les enseignants mais aussi l'industrie à s’améliorer.

Le projet Demonstrator Schools program
Ainsi un projet pilote a été récemment lancé dans le cadre de la stratégie EdTech du gouvernement britannique qui comporte notamment des directives simples pour les écoles qui souhaitent passer à l’échelle d’un point de vue technologique.  Ce projet pilote « Demonstrator schools program » va comparer une trentaine d’établissements (publics?) ayant d’excellents résultats et jouant le rôle d’exemples dans la mise en place des nouvelles technologies accompagné d’un « groupe contrôle » de quelques écoles. Ils vont permettre d’évaluer l’impact pédagogique de plusieurs EdTech avant et après utilisation (sauf pour le groupe contrôle).

L’utilisation d’outils technologiques pourra se faire aussi bien auprès des élèves directement qu’à un niveau plus administratif-stratégique comme la formation des enseignants, l’élaboration de planning, les partenariats, etc. Ainsi pourrait émerger les bonnes pratiques sur l’implémentation d’une technologie ou d’un outil, et au final apporter plus de fiabilité et de reconnaissance pour un certain nombre d’outils. Le but poursuivi est de définir les standards minimums attendus vis-à-vis de ces nouvelles technologies tout en en garantissant les effets maximaux.

Wellbeing and Technologies

Cette deuxième thématique clef est liée à l’amélioration de l’impact des EdTech : la dimension de wellbeing. (How can research on wellbeing inform better EdTech? ). L’équipe Innov’Avenir a assisté à une conférence autour de cette question, avec des intervenants du UK Safer Internet et de United Learning.

Selon UK Safer Internet, les études récentes montrent qu’il y a des liens entre l’utilisation des réseaux sociaux et la dépression, cause des perturbations du sommeil, génèrant une nouvelle forme de harcèlement en ligne…
Pour autant une étude de 2016 de Common Sense Media montre que presque la moitié des jeunes interrogés se sentent à la fois addicts à leur téléphone mais peu stressés par cette situation.
Par ailleurs, en 2019 le journal PNAS a publié une étude aux résultats paradoxaux : c’est l’environnement “tangible”, social, familial, qui a un impact plus fort que le monde virtuel sur le bien-être des jeunes. Serait-ce aussi le cas sur le mal-être ?

De quoi les usages sont-ils la réponse ?
Les jeunes ont souvent effectivement un usage très fréquent de leur écran de poche : selon le UK Safer Internet Center, un jeune regarde en moyenne 150 fois son téléphone par jour, ne serait-ce même que pour afficher l’écran d’accueil.
Par ailleurs, les plateformes de réseaux sociaux ont perfectionné leur design via des stratégies visant à monopoliser l’attention, de manière très invasive et difficile à contrer, et ce encore plus pour des jeunes. Un phénomène apparaît : le FOMO, pour « fear of missing out ». En effet, l’utilisateur finit par consulter machinalement ses notifications et rafraichir ses applications dans l’anticipation d’une nouvelle et créant un sentiment permanent d’excitation. Ces phénomènes sont par ailleurs très bien décrits dans la mini-série d’Arte, « Dopamine ».
D’autres impacts peuvent être notés : mentaux (stress et addiction), physiques (comparaisons de l’apparence), sociaux (syndrome du « scroll » infini, sentiment paradoxal de solitude, peine).

Quels conseils, quelle prévention peuvent être apportés ?

Les conseils fournis lors de cette session ont été de différentes natures :

  •   Prendre la mesure de la responsabilité des parents à faire diminuer voire interdire les écrans pendant le temps des repas et ceux qui précèdent le coucher, inciter son enfant à faire deux pauses toutes les deux heures. Ceci n’étant pas simple quand les parents eux-mêmes utilisent machinalement leurs outils numériques et doivent apprendre eux-mêmes à gérer leur début « d’addiction ».
  •  Promouvoir une formation des enseignants et des plateformes de ressources auprès des écoles, telles que 360safe au Royaume-Uni ou encore le Safer Internet Day, au niveau international.
  • Mobiliser les plateformes elles-mêmes à changer leur pratique et leur design (éthique by design), en prenant enfin plus en compte la perspective des atteintes sur l’enfance et l’adolescence.

 

*https://www.bettshow.com/2020-bett-highlights/sbh-6969