[ Tribune ] La jeunesse oubliée de l'inclusion numérique, Les Echos

Découvrez la tribune parue dans les Echos le 24 avril et initiée par Marjolaine Girard, Responsable du programme Innov'Avenir, sur l'urgence d'intégrer les jeunes des territoires fragiles dans les stratégies d’inclusion numérique

Le 24 avril est parue dans les Echos la tribune La jeunesse oubliée de l'inclusion numérique  initiée par Marjolaine Girard, Responsable d' Innov'Avenir, programme porté par LEPC,  et co-signée par de nombreux acteurs - entreprises partenaires, représentants d'écoles du numérique, de l'écosystème de l'initiation au code - pour apporter des réponses aux jeunes des territoires fragiles et défendre une vision résolument positive du numérique .



 

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  • mercredi 24 avril 2019

 

La jeunesse oubliée de l'inclusion numérique

LE CERCLE - Contrai­re­ment aux idées re­çues, de nom­breux jeunes des ter­ri­toires dits « fra­giles » maî­trisent assez mal les ou­tils du nu­mé­rique. Il faut donc dé­ve­lop­per les for­ma­tions in­for­ma­tiques pour don­ner à cha­cun une chance de réus­sir dans cette so­ciété en trans­for­ma­tion.

La ré­vo­lu­tion nu­mé­rique, à l'ins­tar des pré­cé­dentes ré­vo­lu­tions in­dus­trielles, est por­teuse d'op­por­tu­ni­tés so­ciales et pro­fes­sion­nelles nou­velles : en ma­tière d'ac­cès aux ser­vices, d'em­ploi, de créa­tion, d'au­to­no­mie, d'exer­cice de la dé­mo­cra­tie no­tam­ment.

Les me­sures prises par le se­cré­ta­riat d'Etat au Nu­mé­rique, dans le cadre de la stra­té­gie na­tio­nale pour un nu­mé­rique in­clu­sif, té­moignent d'une prise de conscience de l'am­pleur de la trans­for­ma­tion et des dif­fi­cul­tés qui en dé­coulent. Le dé­fen­seur des droits et de nom­breux ac­teurs de la so­ciété ci­vile s'in­quiètent : tous les in­di­vi­dus n'ont pas le même ef­fort de com­pré­hen­sion et d'adap­ta­tion à four­nir. En ré­ponse, un grand nombre d'as­so­cia­tions ap­portent éga­le­ment une aide es­sen­tielle aux per­sonnes fra­gi­li­sées dans l'im­mé­diat par la dé­ma­té­ria­li­sa­tion des ser­vices.

« Digital natives » ?

Tou­te­fois, n'avons-nous pas ten­dance à lais­ser de côté une part sub­stan­tielle de la po­pu­la­tion ? Dans une so­ciété où la maî­trise de la culture, des codes, des com­pé­tences et des usages nu­mé­riques condi­tionne de plus en plus la réus­site de l'in­ser­tion so­ciale et pro­fes­sion­nelle de cha­cun, n'est-il pas urgent de re­cen­trer les stra­té­gies d'in­clu­sion nu­mé­rique sur la jeu­nesse des ter­ri­toires fra­giles - quar­tiers po­pu­laires, ter­ri­toires ru­raux, outre-mer ?

Bien qu'uti­li­sa­trice as­si­due d'In­ter­net, cette jeu­nesse se li­mite prin­ci­pa­le­ment à l'usage de quelques ré­seaux so­ciaux. Au-delà, une fron­tière s'érige. La dis­tance vis-à-vis du nu­mé­rique vient ainsi se su­per­po­ser aux in­éga­li­tés exis­tantes et les ren­for­cer. Cette gé­né­ra­tion que l'on ap­pelle à tort « di­gi­tal na­tive » a une maî­trise du nu­mé­rique bien plus in­égale que ce que l'on vou­drait croire et ma­ni­feste sa peur des in­tel­li­gences ar­ti­fi­cielles, de la ro­bo­ti­sa­tion du tra­vail…

Lire aussi : CHRO­NIQUE. Com­ment le nu­mé­rique ac­croît les in­éga­li­tés https : //www.​lesechos.​fr/​idees-debats/​editos-analyses/​comment-le-numerique-accroit-les-inegalites-1005819

L'ap­pren­tis­sage des com­pé­tences trans­ver­sales (col­la­bo­ra­tion, ca­pa­cité d'adap­ta­tion, créa­ti­vité, pen­sée cri­tique, com­mu­ni­ca­tion no­tam­ment), des com­pé­tences nu­mé­riques et de la ci­toyen­neté nu­mé­rique est d'une im­por­tance ca­pi­tale. C'est le le­vier qui per­met­tra à cha­cun d'être en me­sure d'iden­ti­fier, de com­prendre et de sai­sir les op­por­tu­ni­tés du nu­mé­rique, quel que soit son en­vi­ron­ne­ment d'ori­gine.

« Soft skills »

L'école, ga­rante de l'éga­lité ré­pu­bli­caine, est long­temps res­tée en marge de ces évo­lu­tions. Heu­reu­se­ment, de­puis quelques an­nées, l'en­sei­gne­ment de la pen­sée in­for­ma­tique et créa­tive entre pro­gres­si­ve­ment dans les cur­ri­cu­lums du pri­maire et du se­con­daire. La ré­cente mise en place d'un Capes in­for­ma­tique, de­puis long­temps de­mandé, va dans le bon sens. C'est en do­tant les ac­teurs de l'édu­ca­tion, via la for­ma­tion ini­tiale et conti­nue, des connais­sances et com­pé­tences né­ces­saires à maî­tri­ser les en­jeux du XXIe siècle que nous se­rons à même de ré­pondre aux trans­for­ma­tions mas­sives de la so­ciété.

Car la pen­sée in­for­ma­tique est sur­tout le sym­bole d'une autre forme d'ap­pren­tis­sage, d'une ou­ver­ture sur le monde, d'une source de sa­voir et de com­pré­hen­sion au-delà des simples usages. Elle dé­mul­ti­plie le « pou­voir d'agir » et ouvre les pers­pec­tives des in­di­vi­dus, à chaque étape de leur vie : élève, ci­toyen, pa­rent… A elle seule, elle dit aussi l'évo­lu­tion du tra­vail, la trans­for­ma­tion de tous les mé­tiers, l'ap­pa­ri­tion de nou­velles fa­çons de tra­vailler, et donc la va­lo­ri­sa­tion de nou­velles com­pé­tences. Les re­cru­teurs se montrent par exemple de plus en plus sen­sibles à̀ la maî­trise des « soft skills », qui jouent un rôle cru­cial no­tam­ment pour as­su­rer la co­hé­sion d'équipe et ren­for­cer la culture d'en­tre­prise.

A l'heure où 8.000 em­plois sont non pour­vus dans le nu­mé­rique, où les études montrent que 60 % des mé­tiers de de­main n'existent pas en­core et où le taux de chô­mage dans les quar­tiers po­pu­laires ne di­mi­nue pas, l'en­jeu est aussi d'in­for­mer tous les jeunes sur les pers­pec­tives en ma­tière de for­ma­tion et d'em­ploi. Il s'agit de faire évo­luer les idées re­çues sur le nu­mé­rique - qui se­rait l'apa­nage d'une poi­gnée de geeks sur­di­plô­més - et de dé­jouer l'au­to­cen­sure, par exemple en per­met­tant à ceux qui sont déjà ac­cul­tu­rés - no­tam­ment dans les en­tre­prises - de par­ta­ger leur ex­pé­rience.

Fondamentaux du numérique

Afin de per­mettre à cha­cun, sans pré­re­quis aca­dé­mique ou so­cial, de (re) trou­ver un em­ploi ou d'évo­luer au sein d'une en­tre­prise, il existe déjà des dis­po­si­tifs de sen­si­bi­li­sa­tion et des for­ma­tions la­bel­li­sées. Nous de­vons au­jour­d'hui aller plus loin, gé­né­ra­li­ser ces ac­tions, et agir en amont du par­cours de for­ma­tion, no­tam­ment en ga­ran­tis­sant l'ac­qui­si­tion des fon­da­men­taux du nu­mé­rique pour tous dans le cadre de la sco­la­rité obli­ga­toire, et ce dès l'école pri­maire.

Lire aussi : Com­ment la France met sa jeu­nesse en ja­chère https : //www.​lesechos.​fr/​idees-debats/​editos-analyses/​comment-la-france-met-sa-jeunesse-en-jachere-1007720

Le scé­na­rio in­verse ver­rait l'émer­gence d'une culture d'élite, à l'ini­tia­tive et au bé­né­fice qua­si­ment ex­clu­sif de quelques pri­vi­lé­giés. On ob­serve déjà un manque de di­ver­sité fla­grant dans les mé­tiers et en­tre­prises du nu­mé­rique ; les classes les plus édu­quées sont à l'ori­gine de la plu­part des mou­ve­ments ci­toyens sur les ré­seaux so­ciaux. Peut-on pri­ver toute une par­tie de notre jeu­nesse des op­por­tu­ni­tés of­fertes par le nu­mé­rique ?

Nous de­vons dé­fendre une vi­sion ré­so­lu­ment po­si­tive du nu­mé­rique et tour­née vers l'ave­nir : res­pon­sa­bi­li­ser, éveiller les consciences, rendre ac­teur, ou­vrir de nou­veaux ho­ri­zons à tous les jeunes. Le prin­ci­pal défi so­cial de l'ère nu­mé­rique est bien celui de l'éga­lité des chances.

Mar­jo­laine Gi­rard est res­pon­sable d'In­nov'A­ve­nir.

Cette tri­bune est éga­le­ment si­gnée par : An­thony Bab­kine, co­fon­da­teur de Di­ver­si­days ; Jean-Ma­rie Bel­la­fiore, di­rec­teur gé­né­ral dé­lé­gué de BNP Pa­ri­bas Per­so­nal Fi­nance ; Djam­chid Da­lili, fon­da­teur de la 3W Aca­demy ; So­phie de Qua­tre­barbes, co­or­di­na­trice du pro­gramme Class'Code ; Fran­çois Du­rol­let, di­rec­teur gé­né­ral de Simplon.​co ; Ab­del­mou­ghith Feki, fon­da­teur de Smar­teo ; Mou­nira Hamdi, co­fon­da­trice de Di­ver­si­days ; Anne Lalou, fon­da­trice de la Web School Fac­tory ; Sté­phane Rous­sel, PDG de Ga­me­loft ; Laura Ruhe, vice-pré­si­dente char­gée de la RSE de Fact­Set ; Jé­rôme Si­méon, pré­sident de Cap­ge­mini France ; Em­ma­nuel Van­damme, pré­sident de la Med­Num.

 

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